Le jour où j’ai reçu le Darshan d’Amma

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Mon prof de Yoga préféré et ami dont je parlerai sûrement ici de temps en temps, Nico Shanti, qui m’a initiée à pas mal de choses importantes cette année, nous parlait souvent d’Amma, une sage indienne dont l’action humanitaire, célèbre dans le monde entier, consistait à distribuer des câlins appelés « Darshan ». Son vrai nom est Mata Amritanandamayi et lorsque Nico m’a annoncé la venue d’Amma (« mère » en hindi) à Paris, il semblait réellement accueillir une personne de sa famille à qui il consacrerait tout son temps et son esprit. Il a effectivement annulé la plupart de ses cours pour l’occasion (encourageant ses élèves à le suivre) et n’a pas quitté le Hall Saint Martin de Pontoise pendant quatre jours. Je l’y ai retrouvé quelques heures pour voir cela en vrai et pour recevoir – grâce à ses passe-droits car les personnes non introduites peuvent attendre une journée entière ou parfois même revenir le lendemain – le câlin de cette gentille dame au visage apaisant.

Des personnes qui venaient de le recevoir parlaient d’expérience spirituelle puissante, d’un choc, d’un bouleversement – « Darshan » en hindou signifie le fait d’être en présence du divin. Certains racontent que leur charisme a été décuplé dans la seconde, qu’ils ont senti d’un coup leur qualité avec plus d’acuité. Me connaissant, je me doutais que ce serait plus compliqué. Les expériences, surtout spirituelles, ne m’attirent et ne me touchent vraiment que lorsque j’ai l’impression d’avoir contribué à les déceler. J’ai besoin d’être, au moins en partie, investigatrice de mes nouvelles émotions pour en jouir. Lorsqu’il s’agit d’un ressenti déjà plébiscité par tous, d’une île déjà découverte et peuplée, je mets un temps fou à y trouver ma place, à me l’approprier. Ce n’est pas un snobisme mais une difficulté à m’ouvrir de façon intime et profonde lorsque la réjouissance est trop collective. Je n’attendais donc pas grand chose du « Darshan » et en effet, rien n’a vraiment changé pour moi après l’avoir reçu (pas à ma connaissance en tous cas).

Les quelques heures passées en ce lieu ont en revanche été dépaysantes et certains moments étaient très beaux. J’ai aimé le regard que les milliers de personnes présentes portaient sur cette femme. J’ai trouvé incroyablement touchant de voir des personnes si différentes les unes des autres, de toutes les classes et de tous les âges (des familles « toutlemonde », des croyants de différentes religions, des illuminés, des cartésiens, des « people » comme Marc Lavoine) se mettre à pleurer ou à rire devant elle, partager le « Darshan » avec leur enfant ou leur femme… Dans le judaïsme auquel j’appartiens, le jour de Kippour (jour du « grand pardon »), une prière rassemble tous les enfants sous un vêtement qu’on appelle le talith tenu par le père de famille, c’est une façon pour le père de bénir ses enfants et j’ai toujours trouvé cette tradition très belle. Le « Darshan » m’a un peu rappelé ce rituel. J’ai aimé les moments de méditation près d’elle, la musique et les chants.

Dans ce grand hall impersonnel de Pontoise, on ressent un mélange de suractivité, de frénésie (la file d’attente, les tickets à récupérer, à échanger selon les couleurs, les commerces autour, l’agitation des organisateurs, la pluie de questions lorsque l’on vient de recevoir le « Darshan » de la part de ceux qui attendent : « Alors… ? Qu’as-tu ressenti ?… Comment est-elle… ? »…); qui se mêlent à la langueur des méditants, à la profondeur des chants, à la douceur du sourire d’Amma… Ce mélange de chaises en métal, d’enfants qui courent, qui crient, s’impatientent et de coussins orangés sur lesquels chantent de beaux Indiens remplis de ferveur illustre bien l’une des choses qui me touchent le plus dans la méditation. Ce mouvement paradoxal, toujours présent, entre le silence et le bruit, la plénitude et l’envie. Nico dit souvent qu’un vrai yogi doit garder sa sérénité à un carrefour de voiture, entouré d’alarmes, d’agitation, de pollution. J’aime cette idée de ne pas bannir l’agitation urbaine ou intérieure dans ce qu’elle a de plus contrariant, de plus agaçant. On aurait envie de s’en extraire totalement, de serrer les paupières et les dents pour la faire taire car c’est insupportable… mais c’est inutile. Alors peut-être faut-il  au contraire l’accueillir et l’étreindre. Tenter de profiter le mieux possible de l’énergie que dégage Amma, aussi simplement qu’un bonbon qui fond dans la bouche malgré le bruit de chaises et les « alors ? » intrusifs. Amma elle-même est prise dans ce double flot du temps avec des personnes autour d’elle qui lui montrent des tickets, lui font valider des coupe-files pendant qu’elle distribue cette énergie bienveillante qui semble sincère.

Je ne peux donc parler d’un choc ou d’un bouleversement. Mais cette façon de fermer les  yeux, de sourire, de chanter en gardant sa concentration malgré l’agitation ambiante est restée gravée dans mon esprit. C’est une image à laquelle je repense souvent car, comme la plupart des gens, j’ai dans ma vie bien plus souvent affaire au bruit et à la fureur qu’aux chants indiens et aux mantras.

Pour en savoir plus sur Amma, je vous conseille ce documentaire de Jan Kounen appelé « Darshan, l’étreinte »

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2 commentaires pour Le jour où j’ai reçu le Darshan d’Amma

  1. Rosenblatt dit :

    Merci pour ce récit. L’acceptation de la fureur et du bruit… Le calme qui se dégage de ton expérience.

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Pratiquer le Yoga à Paris : mes adresses « phares  | «La drôlerie des palmiers

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