Notes de voyage en Australie, épisode 1 : Une famille idéale à Melbourne

Il y a trois ans presque jours pour jours, le 16 mai 2012, je suis partie seule en Australie pour une quinzaine de jours. J’avais prévu ce voyage la semaine précédente (les 27 heures d’avion ne peuvent se faire, pour moi, que sans élan ni préparation) pour, entre autres, rencontrer des cousins que je ne connaissais pas, Pearl, Sonnie, leurs enfants et petits enfants. En relisant mes notes, j’ai eu envie de les publier ici en plusieurs épisodes. Voici la première partie qui raconte mon arrivée à Melbourne.

melbourne1Mercredi 16 mai 2012 : Arrivée à Melbourne. Dormir, dormir… Je suis arrivée à Melbourne mais je ne pense qu’à mon décalage horaire. J’ai l’impression d’être le personnage du Rêve de l’homme lucide, un roman génial de  Philippe Ségur, qui m’a accompagnée pendant une grande partie du trajet. L’histoire d’un écrivain qui décide d’arrêter de dormir. Je n’avais pas autant ri en lisant un roman depuis longtemps, des gloussements continuels comme on peut en avoir entre ados sur le chemin des vacances. Les autres passagers enviaient ces éclats de rire pendant qu’ils cherchaient à secouer leurs jambes dans tous les sens pour en faire circuler le sang de la ceinture de leur pantalon à leurs chaussettes trouées. La fatigue extrême que je ressens m’amènera-t-elle, comme le personnage du roman, à quelque rencontre insolite avec des crocodiles, des aborigènes, des serpents mythologiques et des kangourous ?

J’ai légèrement entrouvert les rideaux de mes yeux vitreux en posant mes valises pour apercevoir le couple de cousins, Pearl et Sonnie, Australiens adorables et cultivés d’environ soixante-dix ans. Je pense que je déçois un peu Pearl les premiers instants. La déception d’une grand-mère qui aurait tant aimé qu’on la laisse prendre tout en main et qui finalement devient surtout l’objet de gentilles moqueries de la part de son mari et de ses enfants… Elle a pris soin d’imprimer les prévisions météo des 2 semaines à venir, de les ranger dans un dossier et de me prêter 4 stabilos de couleurs différentes pour tracer les itinéraires de mon planning de visite sur le plan de Melbourne. Elle a fait cela si soigneusement. Quelle gentillesse.

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Quand ma mère m’avait parlé de cette famille « incroyablement unie », je l’imaginais en plastique. Sorte de kit playmobils aux dents bien mises, aux corps athlétiques et à l’esprit bien fait, sans faille ni causticité. Pearl s’efforce sûrement de tendre vers cet idéal, au moins devant ses cousins et voisins de palier, mais son fils Gary, la cinquantaine élégante, playboy célibataire, brise le mythe. Il charrie sa mère comme ce n’est pas permis, la pousse à évoquer des choses dont elle n’aurait jamais osé parler ! Il raconte des anecdotes embarrassantes qui en disent bien plus long sur ce pays que n’importe quel guide touristique. Et il sait s’arrêter quand il considère qu’il en a un peu trop fait sur un détail et interrompre sa mère de plus belle quand elle propose de drôles d’idées. « Que Lauren visite l’école juive ? Mais… pourquoi ? ». Il est drôle !

Point après le premier petit dej : Sonnie a imprimé le plan en 3 exemplaires et Pearl a déposé les 4 stabilos, toujours les mêmes, à la sortie de ma chambre pour que je les aie à mon réveil. Comme pour me dire « Tu verras, ils ne t’embêteront pas, adopte-les ces gentils compagnons de voyage, tu me feras plaisir ! ». Ces stabilos ont l’air de beaucoup compter pour elle mais je ne sais pas pourquoi je n’arrive pas à les emporter. Ils ne trouveront pas meilleure place qu’ici, à la sortie de ma chambre, comme une pensée bienveillante qui accueille mon réveil. Un petit mot doux que l’on trouve avant de prendre sa douche.

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Jeudi 17 mai 12. La journée d’hier était une journée de découverte en solitaire. Un peu déçue par le Botanic Garden car je pensais y voir des animaux. Arbres magnifiques, paysages apaisants et pensés de façon sensible et intelligente. On voit les paysages et les jardins d’une toute autre manière quand on comprend que des paysagistes sont intervenus pour agencer la nature et la sublimer. Mais le fait d’être à l’autre bout du monde entraîne des exigences particulières, surtout vis-à-vis du paysage qui doit offrir des espèces de faune et de flore jamais soupçonnées, des couleurs qu’on ne connaissait pas. Un autre ordre du monde, de l’espace, du temps. Finalement, c’est le cas, mais c’est surtout en parlant aux habitants que l’on s’en rend compte, en réalisant que leur rapport au voyage et à l’espace est tout autre.

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La ville elle-même ne manifeste pas cette différence. Au contraire, le grouillement, le torrent verbal des passants, le sur-chargement de l’espace par de petites œuvres d’art décoratives, par des constructions ultra modernes rappellent Chicago et son besoin de vitesse, d’efficacité ; le fait d’alterner, dans l’architecture, ces immenses parcs botaniques à perte de vue et cette ville suractive donnerait presque l’impression que le rapport au temps long, à l’infinité que l’on présente souvent en parlant de l’Australie n’est qu’une posture chez eux. Une part de leur exotisme à exposer.

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Or, il suffit de parler aux habitants pour le comprendre : la tranquillité d’esprit face à l’immensité du temps et de l’espace est une vraie religion. Cette distance gigantesque qui sépare chaque quartier, chaque ville, chaque pays, qui permet à un homme de 51 ans comme Gary, le fils de Pearl et de Sonnie, d’en paraître 32 en se déplaçant sans arrêt, en appréhendant sa vie comme un très long voyage rempli d’escales inattendues, en parlant des femmes comme d’une possibilité envisageable pour les années à venir. Producteur de musique, écrivain, scénariste, fan de cinéma, agent de voyage, Gary est aujourd’hui responsable de la communication d’une entreprise de défense. Il a fait construire sa propre maison par un grand architecte à plus d’une heure et demie de son bureau de Melbourne par Ocean Drive et y rentre chaque week-end. Son œil frise lorsqu’on lui parle de surf – sa drogue -, lorsqu’on lui demande de nous faire visiter la pièce de sa maison qu’il chérit le plus, son studio de musique qui contient tous les instruments imaginables ou bien l’étagère où il entrepose ses projets de manuscrits et de scénarios. Le père, lui, a été pêcheur, chauffeur de taxi, il est aujourd’hui sculpteur, mécène pour des artistes et PDg de la société de défense qui emploie son fils. Là où nous avons sans cesse à nous plaindre des deux ou trois activités qui s’ajoutent à notre emploi du temps trop serré, les Australiens ont mille vies qu’ils font tenir en une, dans un espace-temps dont ils mesurent l’ampleur : entre 8h et 17h. Car chaque jour, lorsque la nuit tombe (autour de 17h), chacun d’entre eux pose son stylo pour prendre une grande inspiration et affronter l’immensité de ce qui lui reste à vivre.

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(Images de Melbourne trouvées sur ce site et celui-ci)

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5 commentaires pour Notes de voyage en Australie, épisode 1 : Une famille idéale à Melbourne

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  3. Ping : L’Australie, partie IV : Une expédition au Kakadu | La drôlerie des palmiers

  4. Lanette dit :

    It’s great to find soomnee so on the ball

    Aimé par 1 personne

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