L’Auberge des deux tonneaux près de Deauville : se régaler à travers temps !

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L’authenticité rurale n’est jamais plus appréciée que lorsqu’elle est ornementale ! Un peu comme les fausses feuilles de houx qui ornent les bûches de Noël (exemple génial de Roland Barthes dans les Mythologies) ou la farine légère qui recouvre les baguettes tradition (exemple de Raphaël Enthoven dans Matière Première : très beau texte !).

A ce titre, le restaurant de l’Auberge des deux Tonneaux, situé à  Pierrefitte en Auge, à moins de 20 kilomètres de Deauville (sur la route depuis Paris) et tenu apparemment par deux esthètes de la déco et de l’assiette, est un lieu sociologique hors-pair pour étudier les « rurbains », ces citadins- « bobos-bios » qui se lancent de temps à autres dans la traite des vaches ou la cueillette du raisin en lunettes Gucci et bottines fourrées Comptoir des Cotonniers (collection « Chic à la campagne »). Il attire bien-sûr une clientèle plus variée que cela mais en jouant sur les fantasmes du paysan et de l’ancien, je pense qu’il rend particulièrement fous de bonheur les Parisiens !

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Cette auberge du XVIIe siècle semble si perdue au milieu de nulle part que les voyageurs – même les plus avertis par Tripadvisor – n’en croiront pas leurs yeux et auront l’impression de faire un saut de quatre siècles en arrière. Quel bonheur ça devait être, après  cinq jours de voyage en calèche sous la tempête de se réfugier en pleine nuit dans cette aubaine de chaleur et de confort. Une bâtisse normande à colombages et toit de chaume qui annonce à l’entrée, sur une vieille enseigne rouillée, des crêpes et des plats normands tout chauds tout prêts. A l’accueil, un aubergiste raffiné qui a l’allure chic et décontracte d’un critique gastronomique ou d’un collectionneur d’œuvres d’art nous reçoit, petite lunettes sur le bout du nez. Son fils, au physique d’acteur américain – rien que pour cela, l’auberge vaut le détour – est un peu plus loin en train de rallumer le feu de cheminée avec virilité. Ce sont les deux heureux propriétaires de cette auberge. On apprendra ensuite, grâce à cette vidéo, que le père est un ancien photographe parisien reconverti qui a mis ses propres talents de cuisinier d’abord – avant de faire appel à un vrai chef normand –au service de la renaissance de cette Auberge.

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J’ai commencé en me moquant des Parisiens en mal d’authenticité champêtre parce que je trouve marrant d’imaginer que, dans ce lieu soi-disant paumé et bucolique, on puisse croiser nos voisins de paliers du 11e arrondissement, lecteurs comme nous des blogs de Gilles Pudlovski et de François-Régis Gaudry, mais je fais largement partie du lot puisque je suis tombée sous le charme de cette auberge et de ses chics taverniers à l’esprit raffiné.

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Non seulement on s’y sent incroyablement bien, on y découvre des spécialités normandes aussi appétissantes que copieuses, mais en plus on y est servi comme un roi en fuite. Je me suis un peu prise pour l’impératrice Sissi lorsqu’elle trouve refuge dans une auberge en Bavière sur la route pour s’enfuir. Les deux propriétaires ont l’air de savoir qui nous sommes, ce que nous aimons, ils ont compris qu’après un tel voyage d’époque, nous sommes aussi éreintés que nos chevaux et que la meilleure façon de nous réconforter consiste à nous allumer un bon feu de cheminée ou à nous emmener sur leur magnifique terrasse ensoleillée (ornée de pommiers !) pour servir – on y vient enfin –des pintades aux légumes de pot au feu – carottes et choux blancs cuits dans le même jus que la volaille -, des rognons de cochon, de la purée à l’ancienne, du gros lard à la sauce au vin de pomme, de l’entrecôte à la crème de camembert accompagnés de bons verres de cidre.

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La note finale est salée mais, comme le dit Raphaël Enthoven dans son joli texte sur la baguette tradition : « C’est le coût du (…) voyage dans le temps, de l’abjuration de l’artifice, de la sortie de l’usine et du retour dans le champ ».

Photos trouvées sur le site de l’Auberge des deux tonneaux.

Merci à Laura V. de m’avoir fait découvrir cette adresse !

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