Le flamenco : une femme qui n’appartient à aucun homme

flamenco

Je n’avais jamais remarqué la puissance de cette musique, qui est certainement l’une des seules au monde à exprimer cette colère, mâtinée de tristesse et d’exaltation. Comment peut-on imaginer un art dont les piliers soient composés d’humeurs aussi contradictoires ? Le martèlement des pieds contre le sol, le regard noir, le chant plaintif et la ponctuation entraînante des claquements de mains et des « Olé ». Il faudrait savoir. Comment la complainte et la rage pourraient-elles être éprouvées au même moment que la joie ?

Que ressent le cantaor lorsqu’il entonne une « Melisma » – c’est ainsi qu’on appelle la succession de notes sur une seule et même syllabe qui ressemble comme deux castagnettes aux prières chantées dans le judaïsme ? Et comment peut-il conclure ce lamento sanglotant avec un souriant « Olé », comme ça, sans transition et comme si de rien n’était ?  Comment le « bailaor » (danseur de flamenco) passe-t-il ainsi de légers applaudissements et commentaires spontanés en arrière-scène, à une transe émotionnelle aussi puissante ? Si le flamenco était un être humain, on le dirait un peu impulsif voire carrément cyclothymique !

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L’histoire de cette musique ne nous invite pas à tant de tiraillements émotionnels ni à réconcilier ainsi des sentiments contraires. Dans son étymologie déjà, le mot « flamenco », qui n’est pas si vieux que cela puisqu’il ne date que du XVIIIe siècle, ne sait pas vraiment d’où il vient. Le mot pourrait aussi bien venir, selon diverses hypothèses, de l’arabe « felahmenkoub » qui signifie le « paysan errant » que du mot « flamant » qui confirmerait son origine liée aux ancienne Flandres ou germaniques – origine des gitans à l’époque – et qui expliquerait le costume brisé à la taille des chanteurs, imitant la robe du flamant rose.

Selon certains historiens du monde musulman comme Ibn Khaldun, le flamenco serait né au Triana, le quartier des poètes de Séville (de l’autre côté du Guadalquivir), se serait inspiré de la tristesse des berceuses juives et aurait ensuite influencé la musique arabe. Mais rien ne prouve que la musique arabe n’ait pas influencé elle aussi le flamenco. C’est vrai qu’elles se ressemblent. Bref, cette musique tient tête à toute définition et à toute étiquette. Hors de question de l’enfermer dans une histoire ou dans une humeur. Elle tient à rester imprévisible, libre et sans âge. Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle a été créée par les gitans pour porter la tristesse et la révolte des peuples opprimés, puis popularisée certainement par les Andalous qui transportaient l’eau des Albarizonez jusqu’à Jerez de la Frontera. On apprend aussi par une certaine Sophie Galland – une illustre inconnue citée par tous les articles et guides évoquant le flamenco, ce qui montre bien la pauvreté théorique de la pensée autour de cette musique – mêle les trois mémoires de l’Andalousie : « la musulmane, savante et raffinée, la juive, pathétique et tendre ; la gitane enfin, rythmique et populaire ».

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Quoi qu’il en soit, cette musique, qui appartient à trois histoires – ou plus si affinité – n’épousera jamais les émotions d’un seul homme. Comme la femme andalouse telle qu’elle est représentée dans la poésie arabe du Moyen-Âge, le flamenco connaît ses propres codes et traditions, mais ne trouve sa grâce qu’en y échappant impulsivement à coups de talons.

Bonus : Conseil sortie à Grenade. Si vous visitez Grenade, on vous conseillera certainement cette petite cave du centre-ville appelée Le Chien andalou en hommage au film muet de Luis Bunuel et Salvador Dali. L’ambiance est conviviale, les tapas excellents, bien servis et les musiciens très appliqués. Avec trois représentations par soir, ils pourraient manquer de fraîcheur et de passion, mais ce n’est pas le cas. Le chanteur, Alberto Funes est un peu trop larmoyant à mon goût mais excellent dès qu’il se lance sur des rythmes plus joyeux, le guitariste joue superbement bien, avec un charme fou, la danseuse est parfaite.

Le Chien Andalou : Carrera del Darro, 7 – Granada. Toutes les infos sur le site web du Chien Andalou.

Image en une trouvée ici

Image 2 : Dessiné par moi 🙂

Image 3 trouvée ici

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