Quand la gaieté garde son bonnet

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Charles Pépin ensoleille le théâtre du Grand Point Virgule à Paris. (Suite du post précédent) Ce même dimanche ensoleillé, j’ai assisté au spectacle one shot de Charles Pépin au Grand Point Virgule autour de son roman La Joie (Allary). Un plaidoyer musical pour « la joie » justement, organisé par la School of life dont j’ai récemment conseillé les activités au Figaroscope. Je reparlerai peu plus tard de la façon dont les philosophes ont éclairé cette notion, mais j’aimerais revenir pour l’instant sur l’attitude que nous avons parfois face au soleil et à la joie lorsqu’ils se manifestent de façon trop soudaine : celui de garder notre bonnet.

Accompagné au piano par Raphaël Théodore Bancou, Charles Pépin nous a accueillis avec des injonctions à la joie, une invitation à la célébrer tous ensemble, comme une valeur ou un organe sacré du corps qu’il faudrait nourrir, affirmer, faire grandir avec le plus de maturité possible. Une idée qui a du sens selon moi et qui n’est pas si simple que cela. Pendant la première moitié du spectacle, les propos de Charles étaient ponctués de reprises de la chanson « Y’a de la joie » au chant et au piano par Raphaël. Sur nos genoux, nous avions tous un « joyeux » carton jaune qui indiquait entre autres les paroles de la chanson et nous invitait à la chanter en cœur. A chaque fois que je me lançais, la sensation plutôt agréable de partager un moment sympa était suivie d’une méfiance vis-à-vis des gens qui m’entouraient.

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Je n’étais pas la seule à ressentir cette injonction paradoxale, cette double réaction qui consistait à briser chaque élan pour regarder si personne ne se moquait. Chanter « Y’a de la joie », comme cela au milieu d’inconnus avait quelque chose de ridicule et de terrifiant pour tout le monde. J’ai bien vu que mes voisins partaient eux aussi dans des emportements enthousiastes et se rabrouaient aussitôt en s’observant les uns les autres comme s’ils anticipaient la punition du carton jaune posé sur leur genou, ou le changement d’humeur soudain de leur voisin.

Nous avons été trop protégés contre les changements d’humeur, les piliers instables et les sensations incertaines. Nous redoutons systématiquement qu’un carton jaune se dresse contre nos fantaisies pour les rendre plus mathématiques, plus « carrées ». Le soleil qui rayonnait ce jour-là, lui, savait bien qu’il n’avait à pointer son heure d’arrivée et de départ, qu’il n’avait pas besoin de  prévenir pour guérir et que ses inconstances feraient au contraire grandir l’humanité et tout le reste de la planète. Merci à Charles Pépin, Raphaël Théodore Bancou et à la School of life de nous avoir permis ces joyeuses impulsions entre deux auto-rabrouements.

(Images du Sunday Talk réalisées par The School of life)

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