D’où vient la drôlerie des palmiers ?

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Eté 2014, sous les hauts palmiers des jardins de l’Alcazar, à Séville. D’où vient la drôlerie des palmiers ? Comment se fait-il qu’à chaque fois que je longe leur tronc pour suivre la droiture de leur cheminement jusqu’au déploiement de leur bouquet de feuilles, je m’étonne de leur forme et m’amuse de leur personnalité ? Peut-être est-ce personnel, car le monde associe généralement cet arbre à l’exotisme des tropiques, ou même, dans certaines civilisations, à des symboles de fécondité et de succès.

Funny-palm-Alcazar3Moi je trouve que cet arbre est drôle, surtout quand son stipe est plus haut qu’un immeuble. La droiture et la hauteur de sa tige sans ramification me donnent l’impression d’un surgissement soudain, spontané, presque involontaire. Comme si le palmier lui-même me disait « Oh oh…  vous m’entendez tout là bas ?? Est-ce que quelqu’un peut venir me chercher ? … (« M. Lewis ? M.Randall ? Vous êtes encore là ???? »).

Comme s’il avait poussé là, sous le soleil, et atteint immédiatement le ciel sans s’embarrasser de tous les embranchements que les autres arbres s’imposent. Un roi un peu simplet juché sur son trône mais qui n’en demandait pas tant. Les grenadiers, avocatiers, oliviers et orangers de l’Alcazar sont tous plus magnifiques les uns que les autres mais ressemblent aux personnalités introspectives et complexes qui se tordent, hésitent, se questionnent et s’entortillent. Ils poussent eux aussi, mais coupent les branches en quatre, jouent des coudes et établissent des stratégies en cherchant le meilleur chemin pour accéder aux sommets.

Le palmier, lui, a l’humour de sa simplicité. Il a fixé son but dès le départ, s’est planté là au bon endroit, avec l’immobilité d’un poireau, l’élégance d’un éventail et s’est accompli de façon si prodigieuse qu’il en a lui-même été ahuri. D’ailleurs, il ne se vante pas du résultat. Aucune prétention chez le palmier. Il faut simplement lever très haut la tête pour le regarder mais il n’est pas du genre à jouer au grand monsieur ni à disperser des indices de sa beauté sur le chemin qui vous mènera jusqu’en haut. Si vous le cherchez, vous savez où le trouver. Il est allé sans détour là où il souhaitait et n’a pas tortillé des branches pour pousser droit.

(Photo en tête de l’article par Amalia Casado)

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