Pour qui sonne le Carillon ? C’est pour toi qu’il sonne

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« Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi (…) la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne » (poème de John Donne dont Hemingway a tiré le titre de son roman « Pour qui sonne le glas »)

Je me rappelle que, quand j’étais petite, mon père rentrait parfois du bureau avec un visage grave, assombri, la voix caverneuse et les sourcils froncés. C’était rare, cela n’arrivait pas plus d’une ou deux fois par an. La plupart du temps, il était joyeux et rieur mais ces soirs-là, il était indéridable. J’avais peut être fait une bêtise ou bien dit quelque chose de méchant. Peut-être avait-il une migraine ou des problèmes de bureau. Non, il était en fait tourmenté par la situation du monde, par l’actualité française ou les derniers événements au Proche Orient. A table, il grappillait alors deux bouchées du dîner avant de retourner écrire et m’écartait gentiment en marmonnant que le monde n’allait pas très bien « tu sais ma chérie… « .  J’étais très jalouse de lui dans ces moments là, de cet ancrage profond dans son époque. Je lui demandais comment « l’actualité » pouvait l’atteindre à ce point et s’il arriverait un jour où j’entendrais au JT une information qui me concernerait un peu, au point de me couper l’appétit comme lui. Un jour où je cesserais de me sentir sur le rebord du monde, comme une enfant qui assiste aux répétitions de théâtre d’une pièce pour grands. Il répondait que si je ne m’intéressais pas au monde, le monde finirait un jour par s’intéresser à moi.

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Pratiquer le Yoga à Paris : mes adresses « phares »

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On dit qu’il vaut mieux trouver soi-même sa propre salle de yoga, que ce doit être une quête personnelle, un lieu qui nous ressemble. Je suis d’accord, mais vu qu’elles sont devenues à Paris aussi nombreuses que les rivières des contes asiatiques, il ne me paraît pas inutile de proposer des points de repère. Voici donc quelques adresses qu’il faut selon moi connaître avant de commencer son « pèlerinage ».

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Un air de Bob Dylan pour la paix

« How many times must the cannon balls fly
Before they’re forever banned? » (Bob Dylan « Blowin’ In the Wind »)

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Un air d’harmonica pour la paix

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« Au dedans régnait une sorte de silence sonore, — s’il est permis d’accoupler ces deux mots, — ce silence spécial aux excavations profondes, que les visiteurs ne songeaient pas à interrompre. Seul, le vent y promenait un effluve de ces longs accords, qui semblent faits d’une mélancolique série de septièmes diminuées, s’enflant et s’éteignant peu à peu. On eût cru entendre, sous son souffle puissant, résonner tous ces prismes comme les languettes d’un énorme harmonica ». (Jules Verne, « Le Rayon vert » p. 146 semble décrire les rues de Paris, un jour de deuil national)

Mes pensées pour les victimes du Carillon, du Petit Cambodge, du Bataclan, du Stade de France et d’ailleurs… qui carillonnaient vendredi 13 novembre au soir

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Les petits carnets

carnetsJe multiplie les carnets, j’en ai toujours au moins trois sur moi. Un pour noter mes « to do lists » – rendez-vous à prendre, livres à lire, infos à trouver, courriers à envoyer, lessives, rangements, courses… : c’est une façon de découper la montagne de travail, de lectures et de tâches que je veux affronter chaque jour pour la trouver moins intimidante au réveil – , un pour planifier mes rendez-vous (un agenda quoi… Je croyais que c’était très banal mais d’après le joli billet de la journaliste Lise Pressac, c’est devenu plutôt rare) – et un autre pour noter des choses plus personnelles, garder une trace de certaines impressions fugitives que je pourrais regretter de n’avoir su saisir sur le vif. Sorte de journal nomade que j’emmène en voyage, dans les transports, les cafés et que j’ouvre aussi dans le noir complet des salles de théâtre ou de cinéma pour y consigner des petites notes aveugles et indéchiffrables. Mon journal sédentaire est mieux tenu puisqu’il reste posé sur ma table de nuit et ne sort jamais de la maison (tout comme les innombrables « anciens » que je garde précieusement dans une grande valise) mais le nomade me suit partout, comporte des pages griffonnées à la hâte entre deux rendez-vous, des paroles de chansons ou citations de livres, des rêves, des listes de vœux et des croquis.

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Kurt Cobain raconté par la romancière Héloïse Guay de Bellissen

kurt-quotationC’est la biographie romancée qui m’a le plus marquée ces dernières années.  Vingt ans après la mort de Kurt Cobain, Héloïse Guay de Bellissen, romancière au talent prodigieux, se met dans la peau de l’ami imaginaire du chanteur, Boddah, pour nous raconter ce qu’il a traversé à ses côtés. Le roman de Boddah d’Héloïse Guay de Bellissen (Fayard) est aussi doux et violent que l’icône du grunge qui l’inspire.

Kurt Cobain, mythique leader du groupe Nirvana, est mort le 8 avril 1994, d’une balle de fusil de chasse dans la tête. Près de vingt ans plus tard, les générations qui l’ont suivi et aimé restent inconsolables et frissonnent dès qu’un artiste – écrivain ou réalisateur, comme Gus Van Sant – parvient à faire revenir quelque chose de son charme si singulier, mélange de douceur et de rage, de virilité brute et d’androgynie.

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Le jour où j’ai reçu le Darshan d’Amma

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Mon prof de Yoga préféré et ami dont je parlerai sûrement ici de temps en temps, Nico Shanti, qui m’a initiée à pas mal de choses importantes cette année, nous parlait souvent d’Amma, une sage indienne dont l’action humanitaire, célèbre dans le monde entier, consistait à distribuer des câlins appelés « Darshan ». Son vrai nom est Mata Amritanandamayi et lorsque Nico m’a annoncé la venue d’Amma (« mère » en hindi) à Paris, il semblait réellement accueillir une personne de sa famille à qui il consacrerait tout son temps et son esprit. Il a effectivement annulé la plupart de ses cours pour l’occasion (encourageant ses élèves à le suivre) et n’a pas quitté le Hall Saint Martin de Pontoise pendant quatre jours. Je l’y ai retrouvé quelques heures pour voir cela en vrai et pour recevoir – grâce à ses passe-droits car les personnes non introduites peuvent attendre une journée entière ou parfois même revenir le lendemain – le câlin de cette gentille dame au visage apaisant.

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Le Coupe-Chou : Un lieu exceptionnel (ne lisez pas ce billet, poussez simplement la porte)

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Situé dans une ruelle cachée du 5e, à l’abri des foules touristiques du Panthéon ou de la rue des Ecoles, ce restaurant est protégé par des rideaux de velours et ne révèle ses secrets qu’aux passants qui osent pousser la porte.

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Notes de voyage en Australie, partie IV : Une expédition au Kakadu

kakadu3Départ le 20 mai 2012 pour Litchfield, National Park and Kakadu. Après une très mauvaise journée à Darwin, j’ai tenté de m’enlever de l’esprit cette croyance nocive selon laquelle les choses étaient en train de mal tourner pour appréhender le voyage de façon neutre, comme une back packer au regard impartial. Epaules larges, sac noué, front aussi imperturbable que l’horizon.

Photo de groupe.  Marrant de voir comme personne n’ose se parler les premiers instants dans le bus. Comme si on reprenait tous notre vieux réflexe d’écolier : se mettre en rang deux par deux et regarder droit devant soi pour bien entendre les consignes du professeur. Les personnalités ne se dévoilent pas encore. Pour l’instant, c’est la docilité qui fait loi.

Chris. A ma gauche, assise toute seule dans son coin, il y a Chris, une femme d’une cinquantaine d’années qui en paraît 60. A son look, sa banane autour de la taille, son horrible chapeau de soleil vert pomme et sa coupe de cheveux de jeunette abîmée, j’aurais parié qu’elle était anglaise et un peu vieille fille. En fait Chris est une nurse de Melbourne, une femme extrêmement prise entre sa vie de famille, son travail, ses actions humanitaires et les expéditions touristiques auxquelles elle participe régulièrement depuis son divorce. Elle essaye de se retenir mais il est pratiquement impossible pour elle de ne pas parler de ses enfants du matin au soir et du soir au matin. Ils ont 21 et 23 ans,  sont tous deux designers. Elle parle aussi sans arrêt de son « husband humm.. ex-husband ». Séparée depuis peu de temps, elle n’a visiblement aucune intention de tourner la page et se rêve encore jeune épouse comblée et mère de deux bambins à qui elle doit apprendre à nager. Elle meuble d’avance tout accès de tristesse par une dose d’humour assez géniale à laquelle personne n’est insensible. A tel point qu’il est même difficile de la prendre en flagrant délit de premier degré, sauf lorsqu’elle ne parle plus. Sa tristesse apparaît alors de façon flagrante, la pauvre, à travers ses rides, un visage aussi blanc et raviné qu’un vieux masque de plâtre. C’est fou ce que les rides des gens tristes peuvent être laides. Comme si l’apaisement mettait de l’ordre dans les traits, comme si le visage de la sagesse ne naissait pas des épreuves et des tourments comme on le croit souvent, mais de la plénitude.

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Maximilien. Assis à côté de moi, à ma droite, il y a Maximilien, un Allemand d’une petite vingtaine d’années qui suit des études de recherches médicales à Sydney depuis bientôt un an et a planifié cette expédition au Kakadu il y a plus de 6 mois – contrairement à moi qui ai acheté mes billets pour l’Australie il y a une semaine et pour cette expédition hier matin. Très intimidé au départ, mille fois trop grand pour son âge, le front bas et les doigts de pieds trop longs, Maximilien s’est progressivement révélé, au cours du séjour, un garçon bavard, plutôt sûr de lui et au cynisme amusant. Les membres du groupe se sont vite méfiés de cet « aryen », comme ils le désignent et ont associé son esprit compétitif et peu serviable à ses origines allemandes. C’est vrai qu’il n’a pas levé le doigt une seule fois pour aider le groupe à préparer à manger ou à faire la vaisselle. Vrai aussi qu’il baisse la tête et oublie son environnement dès que son téléphone capte le réseau. Mais l’humour avec lequel il réagit quand on lui en fait la remarque, s’excusant tout en persistant, me le rend plus sympathique que ceux qui s’en offusquent avec un racisme assumé !

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Philippe Ségur : le roman fou d’un insomniaque extra-lucide

segur-philippeCe roman est si exceptionnel qu’après  27 heures d’avion de Paris à Melbourne, je suppliais les hôtesses de l’air de me laisser le finir ! (« deux minutes quoi, il me reste UN chapitre ! ») Le Rêve de l’homme lucide (Ed. Buchet Chastel) est l’autoportrait d’un insomniaque qui décide d’arrêter de dormir. Totalement.

 
Simon Perse est un écrivain insomniaque plutôt dépressif ; il vient à peine, à 30 ans, de quitter sa femme, ses enfants, sa maison et son job pour nous faire entendre sur près de 400 pages le moindre tintement de son compte à rebours intérieur, de jour comme de nuit. Un compte à rebours qui devrait l’amener, si tout se passe bien, à renaître, à s’accomplir, se « trouver lui-même » comme disent les magazines ou simplement à supporter son reflet dans le miroir.

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